Lorsqu'elle s'est présentée devant le Parlement européen, mardi après-midi (5 octobre), la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides savait qu'elle ne passerait pas un bon moment. Elle a pris la parole la première, anticipant les critiques et tentant d'apaiser la situation. " Il ne fait pas l'ombre d'un doute, que le Parlement européen doit faire partie de l'HERA ", a-t-elle souligné.
L'HERA, c'est la nouvelle autorité européenne anti-crise sanitaire. Cette autorité sera active en permanence, à Bruxelles, avec, pour mission, de mieux détecter les menaces pour la santé, de donner l'alerte en cas de menace imminente et de mieux coordonner la réponse des Européens si ces menaces venaient à se concrétiser. Il s'agit, en sommes, de ne plus revivre le fiasco des premiers mois de la pandémie de Covid-19.
Mais voilà, la Commission avait promis aux eurodéputés une HERA indépendante, une autorité sanitaire européenne digne de la BARDA américaine.
Or pour gagner du temps, et pour des questions de budget, ces ambitions ont été revues à la baisse et l'HERA a finalement pris la forme d'un simple service interne de la Commission européenne.
Dans le fonds, cela n'est pas si problématique puisque, comme l'a fait remarquer la Française Véronique Trillet-Lenoir, du groupe Renew Europe (libéraux), cela n'empêchera pas l'HERA de faire ce que l'on attend d'elle. " Anticipation, soutien à l'innovation, achats groupés, accompagnement de la production industrielle, prévention des pénuries de médicaments... Tout y est ! ", s'est félicitée l'eurodéputée.
" Simple rôle d'observateur "
Le problème, donc, ce n'est pas tant le fonds du projet. Mais plutôt sa forme. Car en faisant de l'HERA un simple service interne de la Commission, cette dernière limite considérablement le rôle des eurodéputés dans le projet.
Et c'est ça qui ne passe pas. " Réduire le rôle du Parlement européen au sein d'un comité de crise, n'est pas conforme à l'esprit de coopération qui nous anime depuis le début de cette pandémie ", a ainsi nuancée Véronique Trillet-Lenoir. Après elle, les eurodéputés de tous les groupes politiques se sont succédé au pupitre pour faire passer le message.
" A quoi bon construire une Union de la Santé, si le Parlement - seule institution élue au suffrage universel direct - y est cantonné à un simple rôle d'observateur ? ", a interrogé Nathalie Colin-Oesterlé, du groupe chrétien-démocrate.
" Ce que l'on nous présente ici, ce n'est rien d'autre qu'un service de plus dans le dispositif existant de la Commission. Et ce n'est pas décevant seulement pour le Parlement européen, mais aussi pour les citoyens et les citoyennes. Car cela promet moins de transparence, moins de contrôle, et une Union de la Santé moins forte ", a renchérit le socialiste Tiemo Wölken.
Aucune concession de la Commission
" Il faut qu'on soit associés. Vous parlez de crédibilité de l'Union européenne. Mais la crédibilité elle se fait ensemble. Et ce n'est pas évident cette agence. Il faut qu'on en discute, il faut qu'on la construise, il faut qu'elle soit transparente. Alors Madame la commissaire, revenez sur votre proposition ", a, pour sa part, plaidé Michèle Rivasi au nom des Verts, avant d'être copieusement applaudie.
Comme elle, plusieurs eurodéputés ont d'ailleurs appelé la Commission à faire marche-arrière. Mais les critiques répétées n'y ont rien fait : la commissaire à la Santé est restée ferme, elle a défendu son projet jusqu'au bout et répété une fois de plus les arguments balayés depuis le début par le Parlement.
" C'est le Parlement européen qui aura le dernier mot sur le budget. De plus, il disposera d'un siège au sein du Conseil d'administration d'HERA, où sera mené un dialogue ouvert, franc et régulier, sur l'ensemble des opérations menées par l'HERA ", a-t-elle fait valoir.
Le débat aura donc permis aux eurodéputés d'être entendus mais pas de faire bouger les lignes. Une lettre a, par ailleurs, été envoyée ces derniers jours au Parlement, afin de lui demander de nommer son représentant. L'HERA est déjà sur sa lancée. Il y a donc fort à parier que les eurodéputés finiront par suivre le mouvement... mais en traînant des pieds, probablement.
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