International Des liens affaiblis entre le Royaume-Uni et les États-Unis?
Alors que les pays occidentaux mettent fin à leurs opérations d'évacuation en Afghanistan, les Britanniques souhaitaient rester plus longtemps. Le Royaume-Uni a été contraint de suivre les Américains, la presse et les politiques se demandent si la "relation spéciale" avec les Etats-Unis est toujours d'actualité.
Dimanche soir, les dernières troupes britanniques sont rentrées à la maison après plus de 20 ans de présence en Afghanistan. Les militaires, épuisés, ont débarqué de l'avion dans l'Oxfordshire.
Fin de mission. Ces deux dernières semaines, le Royaume-Uni a évacué 15.000 personnes : des diplomates, des ressortissants britanniques et de nombreux Afghans qui ont travaillé pour eux. Mais plusieurs milliers d'Afghans éligibles n'ont pu être évacués à temps.
"C'est le point culminant d'une mission comme on n'en a jamais vu dans notre vie" a déclaré Boris Johnson dans une vidéo, après avoir salué les "exploits" des forces armées. Il a aussi défendu l'intervention britannique en 2001, bien que, a-t-il dit, il aurait souhaité ne pas partir de cette manière.
Des liens affaiblis entre le Royaume-Uni et les États-Unis
Vingt ans après l'empressement du Premier ministre travailliste Tony Blair à rallier George Bush pour envahir l'Afghanistan, en disant, "je serai avec vous, quoiqu'il en soit", Boris Johnson partage avec Joe Biden, l'humiliation d'un départ précipité.
Mais contrairement à Tony Blair à l'époque - qui a qualifié le retrait américain d'imbécile - Boris Johnson est en désaccord avec le président américain qui a décidé de manière unilatérale de retirer ses troupes avant le 31 août. Le PM britannique ne souhaitait pas partir aussi rapidement.
Alors qu'en est-il de leur special relationship, la relation spéciale américano-britannique, une expression utilisée pour la première fois par Churchill en 1946 ? Cette expression traduit les liens culturels et linguistiques entre les deux pays, mais Boris Johnson ne la reprend pas à son compte, car elle rendrait les Britanniques dépendants des Américains.
"La débâcle afghane a affaibli les liens entre le Royaume-Uni et les États-Unis", titre The Economist, en faisant état des images choquantes du chaos de l'aéroport de Kaboul qui passent en boucle à la télévision depuis deux semaines.
Selon le FT, la décision américaine de partir marque la première rupture majeure entre les deux pays depuis l'entrée en fonction de Joe Biden, plus profonde que les tensions autour du Brexit et du protocole Nord Irlandais.
La semaine dernière, Boris Johnson, président du G7 cette année, a organisé une réunion d'urgence en demandant le report de l'échéance du 31 août, ce qui lui a été refusé.
Des liens toujours étroits?
Interrogé par la radio LBC sur le sens de ce refus au regard de leur special relationship, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a répondu qu'elle subsiste et qu'elle compte énormément.
Mais dans les rangs de certains conservateurs, comme Tobias Ellwood, ancien ministre de la défense, la relation spéciale est rompue et celui-ci regrette que les US ne les aient pas consultés.
Des députés estiment que le Royaume-Uni devrait davantage s'appuyer sur d'autres alliés, comme la France ou le Canada.
Au-delà des Unes de presse, les diplomates, des deux bords, estiment que les liens sont toujours étroits.
The Economist rappelle que la relationship a survécu à d'autres tempêtes, comme la crise de Suez en 1956 ou encore le refus du Premier ministre Harold Wilson d'entrer en guerre au Vietnam.