"Nous avons remporté une victoire morale", c'est le point de vue de Carles Puigdemont et du camp indépendantiste qui ont pourtant perdu le vote au parlement européen. Mais avec 400 voix pour la levée de l'immunité, 248 contre et 45 abstentions, c'est moins pire que prévu. 42 pourcent des députés européens n'ont pas voté pour lever l'immunité, ont répété les indépendantistes toute la journée d'hier.
Pour Carles Puigdemont, c'est tout de même un tournant. Après un an et demi de répit, depuis son élection au parlement européen donc, le voilà replongé dans une nouvelle bataille judiciaire pour tenter d'échapper à l'extradition et à une condamnation de la justice espagnole. Les anciens membres de son gouvernement, qui sont eux restés en Espagne, purgent encore aujourd'hui de lourdes peines de prison.
Finie donc l'immunité qui lui avait apporté une certaine tranquillité et liberté de manœuvre. Il se déplaçait régulièrement jusqu'à Perpignan, commune française toute proche de la frontière espagnole, où il avait même tenu un grand meeting, avant l'épidémie. Le voici replongé dans des procédures et un bras de fer avec la justice espagnole qui ne compte rien lâcher.
Un soulagement pour Madrid
Pour Madrid et en particulier le gouvernement socialiste, le résultat a été accueilli avec un certain soulagement, même s'il y avait assez peu de suspense quant à l'issue du scrutin. "Les problèmes de la Catalogne doivent se résoudre en Espagne, et non en Europe", a déclaré la ministre espagnole des Affaires étrangères qui y a vu aussi une preuve de "la solidité de l'Etat de droit en Espagne et du respect pour le travail de la justice espagnole".
Les socialistes ont toutefois été beaucoup moins enthousiastes envers leurs partenaires de coalition, la gauche radicale de Podemos, qui a voté au parlement européen contre la levée de l'immunité. L'un des porte-paroles du parti a indiqué qu'il ne voulait pas participer à la juridicisation de la politique. Une décision incompréhensible pour les socialistes, dont la cheffe du groupe européen demande à Podemos d'expliquer aux Espagnols pourquoi il refusait de coopérer avec la justice.
Gauche et droite se sont montrées unies
Finalement la décision aura provoqué plus d'étincelles à Madrid, entre les deux partenaires du gouvernement espagnol, qu'à Barcelone. La capitale catalane est prise entre, dans la rue, les manifestations pour le rappeur Pablo Hasel, condamné à de la prison ferme suite à des dérapages dans des tweets et des chansons, qui se sont transformées en protestations de ras-le-bol social, et, dans les bureaux, les tractations pour la formation du prochain gouvernement indépendantiste.
Pour la première fois depuis des mois, gauche et droite indépendantistes se sont montrées unies hier face à la décision du parlement européen, posant ainsi les bases du futur exécutif régional, qui ambitionne de s'inscrire dans l'héritage Puigdemont.